* "Once an army is involved in war, there is a beast in every fighting man, which begins tugging at its chains... A good officer must learn early on how to keep the beast under control both in his men and in himself." General George C. Marshall Blog "Big picture" *
|
|
|
Les groupes m’angoissent. Il m’aura fallu des années pour vraiment comprendre ca. Comprendre pourquoi je me retrouvais, si souvent, en marge des autres. Non pas que je sois associable, mais il y quelque chose, dans ce qui ressort de la réunion d’une multitude d’individus, qui m’effraye, au plus profond de moi. Parmi ces quelques rêves récurrents qui me poursuivent, il y a celui des zombies. J’ai une fascination morbide, à tous les sens du terme, pour ce film personnel, en général une interminable course dans un labyrinthe peuplé de créatures hostiles. Humaines, elles se muent subitement en « autre chose » à mon approche, cherchant alors à m’attraper. Le zombie est effrayant, non parce qu’il est mort, mais parce qu’il fut en vie. C’est ces reliefs de vie passé qui le rendent si insupportable à nos yeux. Ce n’est pas tant ainsi le rappel de la mort qui est angoissant, mais plutôt cette évidence de l’incertitude intrinsèque à toute chose : Celui, celle, que tu penses connaitre aujourd’hui, que tu connais, peut se transformer demain en quelque chose de complètement étranger, tout en gardant les apparences d’une certaine familiarité. Le zombie est presque toujours représenté « chassant »en groupe. Ce n’est pas pour rien. Le groupe est le lieu où s’opère de manière la plus rapide et la plus évidente cette transformation, du connu à l’inconnu. Autrefois, la prise de conscience de ce phénomène a entrainé une peur sociale chez nombre d’observateurs, comme Gustave Lebon, celle de la « masse », de la foule qui, transcendant les individualités, produit une nouvelle psychologie. Des individus mesurés se livrent ainsi en groupe à des excès de violence qui n’ont rien à voir avec leur personnalité. Cette nécessité d’abdiquer une part de son individualité, pour créer un lien propre à un collectif, provoque chez moi des réactions instinctives de retrait. Plus jeune, j’avais préféré m’échapper en me balançant dans une rivière plutôt que de me rouler dans la boue comme les autres, pour un pseudo-stage commando en sortie scolaire. Je ne supportais pas de devoir « faire comme les autres », d’autant qu’aucun réel choix ne m’était offert. Je ne le supporte aujourd’hui que difficilement, qu’il s’agisse de parler de football ou cracher ensemble sur un bouc-émissaire. Les groupes ne m’aiment pas, ou peu. En retour, je crois les avoir toujours plus ou moins fui, de manière inconsciente, en me mettant à l’écart d’une manière ou d’une autre. En m’appuyant sur des fragments de ma mémoire enfantine, j’ai cette image, à la maternelle, où je suis poursuivi par d’autres. Parmi ces autres, mon meilleur ami de l’époque, me trahissant pour rejoindre la meute à mes trousses. Ce souvenir n’est pas une réalité objective : il se peut très bien qu’en fait, à cette époque, cet épisode soit par exemple lié à un chat-perché, un colin-maillard ou autre jeux enfantin, que les gosses qui me couraient après n’eurent jamais aucune hostilité à mon égard. Mais ce n’est d’aucune importance. Ce qui compte, c’est que ma mémoire a ossifié ce souvenir de telle sorte que les quelques images que je garderai par la suite soient celles d’une traque sans merci et la trahison d’un ami. Ce souvenir fabriqué, c’est la meilleure preuve de cette angoisse constitutive de mon identité. Je ne finis jamais, dans mes rêves, par me faire attraper par un zombie. Je ne deviens jamais l’un des leurs. Le rêve implose de lui-même, lorsqu’il m’apparait que le labyrinthe que je me suis constitué est trop petit, et que je tourne désormais en rond. Je ne sais si c’est une sorte de parabole soufflée de ma propre destinée. On n’est jamais que le spectateur du fond de salle de son propre spectacle.
|
|
|
Politique de la Parodie
Concernant l'attitude des autotités russes durant le récent conflit géorgien, Michel Eltchaninoff écrit*: "Les dirigeants russes, après avoir manié le langage grave et ampoulé, version prolétarienne, durant des décennies, viennent d'inaugurer le style carnavalesque à la Bakhtine. Incapables de proposer un autre idéeal qu'un nationalisme revanchard, ils exhibent aux Européens le mirroir déformant de leur humanitarisme. Ils tentent surtout de vider ces valeurs de leur sens. Comme l'écrit Bakhtine dans Problémes de la poétique de Dostoïevski : "parodier, c'est créer un double découronnement". Dans le processus de déculpabilisation de la société russe vis-à-vis de son passé soviétique et du monde qui l'entoure, la parodie du discours humanitaire doit aider les Russes à faire corps avec le projet de ses dirigeants." A ce jour, c'est l'analyse la plus pertinente que j'ai pu lire sur ce sujet. * "Quand les russes singent les droits de l'homme" extrait de Philosophie Magazine, N°24, novembre 2008.
|
|
|
« Sous les pavés, les planches » A partir du 7 octobre 2008, Jean-Louis Benoit propose au théâtre de La Criée une nouvelle mise en scène autour des événements de mai 68. L’occasion de rencontrer un metteur en scène qui, de Paris à Marseille, n’a jamais cessé de s’interroger sur son époque.
Tranquillement assis dans son bureau de directeur, le regard bienveillant et curieux, Jean-Louis Benoit parle à ses interlocuteurs avec une simplicité rafraîchissante. De la fenêtre de son bureau, on voit les bateaux amarrés dans le Vieux Port. Un décor auquel s’est fait le vieil habitué des planches, arrivé, presque par hasard d’après lui, à la tête du théâtre national de La Criée en 2002 : « J'étais acteur, avant. Mais, au bout de 30 ans, j'avais envie de me poser un peu. Alors je me suis signalé au Ministère pour dire que si quelque chose se libérait, j’étais là… et je me suis retrouvé à Marseille. ». Derrière cette présentation presque nonchalante se cache pourtant une énergie et un enthousiasme qui remonte peu à peu, à mesure que l'homme de théâtre se met à parler de sa dernière pièce, De Gaulle en mai. « J'en avais marre d'entendre toutes ces bêtises sur mai 68, explique t’il, que ce soit ceux qui essayent de faire passer Cohn Bendit et ses copains pour des anges ou Sarkozy qui dit qu'il faut tout brader. » Son dernier spectacle s'attaque ainsi au plus grand mythe de la V° République, la figure du général De Gaulle. Alors que mai 68 bouleverse la France, De Gaulle en mai ausculte l’envers des évènements, en adoptant un point de vue inédit : l’incompréhension puis la panique qui saisit alors le Pouvoir, derrière les murs de l’Elysée.
« J’en avais marre d’entendre toutes ces bêtises sur mai 68. »
Avec cette nouvelle satire sur le pouvoir, Jean-Louis Benoit est loin d’en être à son coup d’essai. Au cours des années 90, il entreprend déjà plusieurs pièces traitant des coulisses du Pouvoir, avec Les vœux du Président (1990) puis Une nuit à l’Elysée (1998). Toujours en phase avec les évènements qui secouent son époque, il signe également une féroce critique du rôle des médias avec La Nuit, la télévision et la guerre du Golfe, en 1992. « Ce fut un énorme succès ! Et à chaque fois que des journalistes venaient voir la pièce, on organisait un débat avec le public. Ils se faisaient écharper », s’amuse le metteur en scène. En 1998, sa mise en scène des Fourberies de Scapin est récompensée par un Molière. C’est le couronnement d’une carrière commencée dans les années 1970, avec la fondation du théâtre de l’Aquarium, avec Ariane Mnouchkine. « J’avais juste 23 ans. On a construit notre propre théâtre», déclare t’il sans cacher sa fierté. « C’est là-bas, à cette époque, que j’ai tout appris», ajoute t’il. Jean-Louis Benoit dirigera ce théâtre jusqu’en 2001. A l'instar de Robert Guédiguian, il a pris l'habitude dans son travail de s'entourer de visages familiers, avec qui une confiance s'est instaurée au fil des ans. Pour interpréter De Gaulle, il a ainsi fait appel à une de ses vieilles connaissances, Jean-Marie Frin , qu'il a rencontré pour la première fois à Caen, en 1990. Depuis, les deux hommes ont monté 10 spectacles ensemble.
« De Gaulle, c’est toute mon adolescence »
Cette nouvelle pièce autour de De Gaulle, c'est aussi une manière pour le metteur en scène de 61 ans de convoquer des images de son enfance. En 1958, Jean-Louis Benoit a 10 ans. « De Gaulle, c'est toute mon adolescence », reconnaît t-il. Le metteur en scène ne nourrit pourtant aucune nostalgie vis-à-vis de l'avant 68. Lui-même avait 19 ans au cours des ‘’Evénements’’ et n’a pas hésité à s’engager auprès des mouvements étudiants, jusqu’à se faire arrêter par la police alors qu’il se rendait avec d’autres vers les usines Renault. Mais à force d'avoir travaillé sur le personnage de De Gaulle, Jean-Louis Benoit a bien fini par nourrir une forme de sympathie pour celui qu'il nomme encore « le papy ». « J'ai mieux compris le bonhomme, admet-il. C'était un militaire assez antipathique, d'une autre époque. Mais dans la pièce, c'est aussi un homme perdu, qui se sent trahi. Forcément, on s'y attache. » Tout en se plongeant dans l’époque de sa jeunesse, le metteur en scène garde une curiosité intacte pour la société actuelle. Juste avant de repartir pour une répétition, Jean-Louis Benoît glisse ainsi, le sourire en coin: « Oui, c'est vrai, un jour ou l’autre, j’adorerais faire quelque chose sur Sarkozy. Mais c'est compliqué. Il faut trouver le bon angle. Et puis, avec lui, faire du théâtre c'est assez difficile : déjà qu'il surjoue en vrai... »
|
|
|
Le credo des danaïdes
Quand une injonction tourne en boucle, en se donnant elle même pour finalité, ça finit bien par des absurdités. Même chez Mademoiselle A. Je conçois que l'âme sensible s'émeuve de ces affreuses caisses automatiques dans les supermarchés, probablement fabriquées en Pologne, qui viennent voler le travail de caissières louant par ailleurs l'épanouissement rencontré dans leur activité professionnelle. L'emploi avant tout. Que répondre à ça ? En même temps, je soupçonne Mademoiselle A. de volontiers s'émouvoir aussi de l'emploi des canuts lyonnais, si ceux-ci n'avaient pas disparu au XIX° siècle. Mademoiselle A. est toujours très cohérente avec elle même. Question de principe. Les caissières sont progressivement automatisées, mais la Lutte continue ! En bon petit soldat, elle profite donc de nos passages dans les librairies lilloises pour abandonner à droite à gauche ses lectures du moment. Lorsque je lui suggère de ranger le livre qu'elle a pris, elle s'insurge : comment !! Voler le travail d'honnêtes employés !!! Jamais, Camarade !!! Toujours pour la Cause, elle laisse maintenant trainer ses plastiques de cochonneries chocolatées sur les fauteuils, à la fin des séances de ciné. Il faut vraiment être mal élevé et inconscient pour songer à ramasser ses propres détritus, au risque de faire licencier l'employé qui attend avec anxiété, pendant toute la durée du film, que tu daignes partir pour se jeter avec avidité sur les restes que tu lui as solidairement laissé. C'est vrai, si ces pratiques disparaissaient, il n'y aurait plus besoin de quelqu'un pour passer derrière le client-roi. Cette disparition est-elle pour autant une régression sociale ? Angoisse du siècle, l'emploi est devenu une fin en soi. Qu'importe sa finalité, pourvu qu'il y en ait à revendre. Qu'importe que le tonneau se vide au fur et à mesure, pourvu que les danaïdes aient de quoi s'occuper. Qu'importe que la tache soit assez ingrate, pourvu qu'elle permet d'occuper quelqu'un. Je crois avoir de bonnes chances de choquer Mademoiselle A. si je lui disais les ressemblances que je vois entre sa logique et celle qui préside à « l'offre d'emploi raisonnable », actuelle marotte des Couaceurs gouvernementaux. L'analyse la plus éclairante que j'ai pu lire à ce sujet est celle de Thierry Frémeaux* : la logique de l'offre raisonnable, c'est de remettre au travail. On se fout que celui-ci ne corresponde plus vraiment ni au projet, ni à la qualification de la personne. L'essentiel est que le chômeur ne se tourne plus les pouces. L'emploi avant tout. La quantité avant la qualité. Dans cette logique, il n'est pas question, relève T. Frémeaux, de s'interroger sur la qualité des emplois. C'est au travailleur de faire l'effort de s'adapter à l'emploi, non à l'employeur d'essayer d'adapter ses emplois.
Peut on imaginer une logique plus qualitative ? Et si l'employé, au lieu de passer derrière nous pour ramasser nos livres, passait le temps gagné à lire les nouveaux livres parus dans la semaine ? Il pourrait devenir une aide avisée au visiteur perdu par toutes les nouveautés. Au cinéma, l'employé libéré de sa chasse à l'ordure pourrait animer les salles d'attentes , ou organiser de mini-débats à la fin de certains films, pour discuter ensemble de la projection, histoire de rendre l'expérience encore plus enrichissante... Bien-sur, tout ça demanderait un minimum de formation, droit loin d'être vraiment reconnu à tous, en commençant par les employés d' UGC ou du Furet du Nord.
Il y a peut être ainsi pourtant manière d'espérer une « destruction créatrice » de nos activités, une refondation qui ne mène pas à l'aliénation ni à la solitude, mais à de nouvelles manières d' agir. Pas le « Travailler plus », mais le « travailler mieux », pour les autres... et surtout pour soi.
*=> cf. Alternatives Économiques. Juin 2008
|
|
|
*
Tout dépend de qu’on appelle voir. Je n’ai pas trouvé mieux à dire. Elle attendait peut être une réponse plus carrée, cette étrange passante de la rue Molinel, mais je n’ai su dire autre chose. Avec, le monde est carré justement, précis, net, contours effilés, sans ambigüités. Sans, les angles font le dos rond, les formes et couleurs célèbrent leur mariage. Le recul s’estompe et toute chose est à réinventer. Réflexion contre sensation, ces petits appendices que nous portons- ou ne portons pas- sont les reflets changeant de notre âme. Porte-les comme tu vis.
|
|
|
De l'art de prendre poliment l'autre pour un con.
Cher utilisateur,
Vous nous faites part que le dysfonctionnement de la télécommande persiste.
Nous vous invitons à effectuer un nouveau test en changeant les piles.
Nous vous remercions de votre confiance.
Cordialement,
Nous restons à votre entière disposition pour toute information complémentaire. Mohssine, Service Mailer Free
|
|
|
[page précédente]
|
|
Nouvelles:
Liens :
Dimensions :
|